À quoi servent l’acétamipride et le flupyradifurone, ces deux pesticides réintroduits par la loi d'urgence agricole (et pourquoi font-ils polémique)?

Pesticides réintroduits : ce que la loi d'urgence agricole change réellement pour les cultures françaises Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi l'esse
Pesticides réintroduits : ce que la loi d'urgence agricole change réellement pour les cultures françaises
Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi l'essentiel de la loi d'urgence agricole, ouvrant la voie à la réintroduction temporaire de deux pesticides jusqu'ici interdits en France. L'acétamipride, un néonicotinoïde, et le flupyradifurone pourront de nouveau être employés dans certaines filières, malgré des risques documentés pour la biodiversité et la santé humaine.
Une validation au nom de "l'intérêt général"
Dans sa décision, le Conseil constitutionnel a explicitement reconnu que ces deux substances "ont des incidences sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux, ainsi que des conséquences sur la qualité de l'eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine". Pour autant, les sages ont estimé que le législateur poursuivait un "motif d'intérêt général" en permettant à certaines filières agricoles de "faire face aux graves dangers qui menacent leurs cultures, afin de préserver leurs capacités de production et de prémunir de distorsions de concurrence au niveau européen".
Cette décision marque un revirement notable : l'acétamipride avait été interdit par les parlementaires dès 2018, et le flupyradifurone en 2020. La réintroduction s'effectue donc à titre dérogatoire et temporaire, dans l'attente de solutions alternatives.
Acétamipride : un neurotoxique essentiel pour la noisette
L'acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, ces insecticides neurotoxiques qui agissent sur le système nerveux des insectes. Son spectre d'action est large : il cible notamment les pucerons, les cochenilles et les balanins. Selon les défenseurs de la loi, son utilisation s'avère aujourd'hui indispensable pour la filière noisette, confrontée à des infestations menaçant directement les rendements.
La substance servira principalement à l'arboriculture, et plus spécifiquement aux noisetiers. Sans ce traitement, les producteurs français s'exposent à des pertes significatives, mais aussi à une concurrence déloyale de la part de pays européens où le produit reste autorisé. C'est précisément cet argument de distorsion de concurrence qui a pesé dans la balance auprès des sages.
Flupyradifurone : un pesticide polyvalent pour les fruits et la betterave
Le flupyradifurone, quant à lui, pourra traiter les pommes, les cerises et les betteraves sucrières. Ce pesticide présente un profil d'action différent de l'acétamipride, mais ses effets sur les pollinisateurs et les oiseaux ont également été documentés. Son retour dans les champs français répond à la même logique : protéger des filières économiquement stratégiques face à des ravageurs devenus résistants aux traitements autorisés.
Les betteraves sucrières avaient déjà obtenu des dérogations ces dernières années pour faire face à la jaunisse, une maladie transmise par les pucerons. La réintroduction du flupyradifurone élargit le périmètre d'action, couvrant désormais l'arboriculture fruitière.
Un arbitrage entre impératifs économiques et environnementaux
Cette validation intervient dans un contexte de tension croissante entre les exigences de la transition écologique et les réalités économiques du monde agricole. Les défenseurs de la loi insistent sur l'absence d'alternatives viables à court terme pour certaines cultures. Les associations environnementales, elles, dénoncent un recul sanitaire et écologique, pointant les risques pour les abeilles et autres insectes pollinisateurs, déjà fragilisés par les pratiques agricoles intensives.
Le caractère temporaire de la mesure constitue toutefois une limite importante : les filières concernées devront, à terme, trouver des solutions durables. La question demeure de savoir si les moyens de recherche et de développement suivront pour accompagner cette transition, alors que les dérogations pourraient se multiplier si aucune alternative n'émerge.