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À ce rythme il faudrait 144 millions d'années pour désendetter la France: une lycéenne qui donne 100 euros, un anonyme 45 euros... Ces Français "patriotes" qui veulent sauver l'État

Economie · · Par Julie MOREAU

À ce rythme il faudrait 144 millions d'années pour désendetter la France: une lycéenne qui donne 100 euros, un anonyme 45 euros... Ces Français

## Une goutte d'eau face à l'abîme : ces Français qui donnent à l'État pour éponger la dette Ils s'appellent Isabelle, Omar, Martin ou Louis. Depuis le début de

## Une goutte d'eau face à l'abîme : ces Français qui donnent à l'État pour éponger la dette Ils s'appellent Isabelle, Omar, Martin ou Louis. Depuis le début de l'année 2026, une trentaine de particuliers ont adressé des dons à l'État français, spécifiquement affectés au désendettement du pays. Des gestes modestes — 50 euros pour l'une, 60 pour l'autre, parfois un simple euro — qui totalisent environ 25.000 euros, selon les chiffres communiqués par Bercy à l'AFP. Un élan citoyen qui contraste violemment avec l'ampleur de la dette publique, laquelle avoisine les 3.600 milliards d'euros. ## Un symbole face à une dette de 3.595,5 milliards La dette française s'élève précisément à 3.595,5 milliards d'euros, soit 119% du produit intérieur brut (PIB). Face à ce montant vertigineux, les dons des particuliers apparaissent comme une goutte d'eau dans la mer. Sur les cinq dernières années, l'ensemble de ces contributions représente 66.837 euros, selon les calculs réalisés par l'AFP à partir des arrêtés publiés au Journal officiel. En 2026, un don d'entreprise a lui seul dépassé les 23.000 euros, les autres dons se montant en moyenne à 55 euros. Le déséquilibre est tel qu'à raison de 25.000 euros collectés chaque année — sans même tenir compte des intérêts qui s'accumulent — il faudrait près de 144 millions d'années pour ramener la dette à zéro. Une échelle de temps qui dépasse l'entendement et souligne le caractère essentiellement symbolique de ces gestes. ## "C'était purement du civisme" Louis Grégoire de Mitry de Saint Georges, un trentenaire, a versé 45 euros en octobre 2025. Interrogé par l'AFP, il revendique une démarche citoyenne : "C'était purement du civisme", explique-t-il, y voyant un moyen de "montrer (son) attachement à l'État, à l'institution, malgré la gestion politique". Il ajoute : "On peut croire en l'État tout en étant critique vis-à-vis des politiques publiques." Ces dons ne sont pas défiscalisés : les donateurs n'en tirent aucun avantage fiscal, ce qui renforce la dimension désintéressée de leur geste. ## Un mécanisme qui existe déjà : l'impôt Pour les économistes, la démarche pose question. Jean-Olivier Hairault, directeur de la Paris School of Economics, qualifie ces montants d'"anecdotiques". Il rappelle un principe élémentaire : "Il y a un mécanisme de contribution des citoyens à la dette, ça s'appelle l'impôt." Autrement dit, le financement de la dette repose structurellement sur la fiscalité et l'emprunt, non sur la générosité individuelle. Les dons volontaires, aussi sincères soient-ils, ne peuvent peser sur un fardeau de près de 3.600 milliards d'euros. ## Un enjeu de légitimité plus que de financement Au-delà des chiffres, ces contributions racontent autre chose : une défiance envers la gestion politique, compensée par un attachement maintenu à l'institution étatique elle-même. Le don devient un acte d'expression autant qu'un soutien financier. Mais l'écart entre 66.837 euros cumulés sur cinq ans et une dette de 3.595,5 milliards d'euros illustre l'impossibilité matérielle de combler un tel gouffre par la seule bonne volonté. La question du désendettement reste, elle, entièrement du ressort des politiques publiques — fiscalité, dépenses, croissance — et non de la générosité citoyenne.