960 euros par mois et un second emploi… AESH depuis vingt ans, Sandrine Brunie, 52 ans, réclame "un statut et un salaire décent"

960 euros par mois et un second emploi : le cri d’alarme d’une AESH après vingt ans de carrière Alors que la réforme des pôles d’appui à la scolarité (PAS) se g
960 euros par mois et un second emploi : le cri d’alarme d’une AESH après vingt ans de carrière
Alors que la réforme des pôles d’appui à la scolarité (PAS) se généralise sur le territoire, la colère gronde parmi les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Sandrine Brunie, 52 ans, exerce ce métier depuis vingt ans et témoigne d’une précarité persistante : un salaire mensuel de 960 euros, contrainte de cumuler un second emploi pour joindre les deux bouts. Elle réclame un « statut et un salaire décent », une revendication portée par des milliers de professionnels en grève partout en France, à l’appel de plusieurs syndicats.
Un métier essentiel, une rémunération indigne
Selon des informations rapportées par Midi Libre, Sandrine Brunie, AESH depuis deux décennies dans l’académie de Montpellier, perçoit environ 960 euros nets par mois pour un temps partiel subi. Ce salaire, bien en deçà du seuil de pauvreté, l’oblige à exercer un second emploi pour subvenir à ses besoins. « On nous demande d’accompagner des enfants avec des besoins spécifiques, souvent lourds, mais on ne nous donne pas les moyens de vivre dignement », déplore-t-elle, citée par nos confrères. Cette situation n’est pas isolée : d’après des données syndicales, la majorité des AESH travaillent à temps incomplet, avec des contrats souvent inférieurs à 24 heures hebdomadaires, ce qui limite leur accès à un salaire décent et à une protection sociale complète.
La précarité de ces professionnels contraste avec l’importance de leur mission. En France, près de 430 000 élèves en situation de handicap bénéficient d’un accompagnement humain, selon des chiffres du ministère de l’Éducation nationale. Pourtant, les AESH, recrutés sur des contrats de droit public, ne bénéficient ni d’un véritable statut de fonctionnaire ni d’une grille indiciaire revalorisée. Leur rémunération, indexée sur le SMIC horaire, est souvent calculée sur la base d’un temps partiel, ce qui génère des revenus mensuels très faibles.
La réforme des PAS : une crainte de dégradation supplémentaire
La réforme des pôles d’appui à la scolarité (PAS), actuellement en cours de généralisation, est au cœur des mobilisations. Ce dispositif, expérimenté dans plusieurs départements depuis 2022, vise à centraliser les demandes d’accompagnement des élèves handicapés au sein de pôles territoriaux. Selon des sources gouvernementales, l’objectif affiché est d’améliorer la coordination entre les différents acteurs (enseignants, médecins scolaires, AESH) et de réduire les délais de prise en charge. Cependant, les syndicats dénoncent une réforme menée « à moyens constants », qui risquerait de fragiliser encore davantage les conditions de travail des accompagnants.
Les AESH craignent notamment que la mutualisation des ressources n’entraîne une augmentation de leur mobilité géographique, sans compensation financière. « On nous demande de nous déplacer d’un établissement à l’autre, parfois sur plusieurs kilomètres, sans prendre en charge les frais de transport », témoigne une manifestante à Marseille, dans des propos rapportés par Midi Libre. Cette réorganisation pourrait également allonger les temps de trajet non rémunérés, réduisant d’autant le temps effectif de travail rémunéré. D’après une enquête de la FSU-SNUipp, 70 % des AESH estiment que leur charge de travail a augmenté depuis la mise en place des PAS, sans hausse de salaire correspondante.
Une revendication ancienne, une mobilisation durable
Le mouvement de grève, qui a touché plusieurs académies fin mars 2025, s’inscrit dans un cycle de mobilisations récurrentes. Les AESH réclament, au-delà d’une simple revalorisation salariale, la création d’un véritable statut de la fonction publique, assorti d’une grille indiciaire et de perspectives de carrière. « Nous ne demandons pas l’aumône, nous demandons la reconnaissance de notre travail », insiste Sandrine Brunie, qui participe au piquet de grève devant le rectorat de Montpellier.
Le gouvernement, de son côté, a annoncé plusieurs mesures en 2024, notamment la possibilité de passer à un temps plein pour certains AESH et une revalorisation de 10 % de leur indemnité de fonction. Toutefois, ces avancées sont jugées insuffisantes par les syndicats, qui estiment qu’elles ne compensent pas l’inflation et la hausse du coût de la vie. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2023, le coût annuel d’un AESH à temps plein est d’environ 22 000 euros, un montant jugé « faible » au regard des enjeux d’inclusion scolaire. Le ministère de l’Éducation nationale, interrogé par Midi Libre, n’a pas encore répondu aux sollicitations concernant les revendications des grévistes.
La mobilisation des AESH, bien que discrète médiatiquement, pourrait s’intensifier dans les semaines à venir, à mesure que la réforme des PAS sera étendue à l’ensemble du territoire. Sandrine Brunie, elle, continuera de se battre, non seulement pour elle-même, mais pour les générations futures d’accompagnants. « Nous ne lâcherons pas tant que nous n’aurons pas un statut et un salaire décent », conclut-elle, déterminée.