83 euros au lieu de 250 pour un retard de 3 à 5 heures: l'association de défenseurs des droits des passagers qualifie de "plaisanterie" la nouvelle proposition européenne sur l'indemnisation des voyageurs aériens

La proposition de réforme de l'indemnisation des passagers aériens présentée par la présidence chypriote du Conseil européen suscite de vives réactions dans le
La proposition de réforme de l'indemnisation des passagers aériens présentée par la présidence chypriote du Conseil européen suscite de vives réactions dans le secteur. L'Association of Passenger Rights Advocates (APRA) a qualifié cette initiative de "plaisanterie", en raison de la réduction drastique des compensations pour les retards de vols. En effet, selon les termes de cette nouvelle proposition, un passager dont le vol court-courrier est retardé entre 3 et 5 heures ne percevrait plus que 83 euros, contre 250 euros actuellement, représentant une diminution de 66%.
Le règlement CE 261/2004, en vigueur depuis plus de 20 ans, a été instauré pour protéger les droits des passagers face aux retards et annulations de vols. Actuellement, ce règlement prévoit des compensations qui varient en fonction de la distance du vol : 250 euros pour les vols de moins de 1.500 kilomètres, 400 euros pour ceux compris entre 1.500 et 3.500 kilomètres, et 600 euros au-delà de 3.500 kilomètres. La nouvelle proposition vise à modifier ce système d'indemnisation, mais semble davantage favoriser les compagnies aériennes que les voyageurs.
La réforme, soutenue par le lobby Airlines for Europe, a pour objectif d'introduire un système de compensation dégressif. Selon cette nouvelle structure, un retard de 3 à 5 heures donnerait droit à un tiers du montant actuel, soit seulement 83 euros, tandis qu'un retard de 5 à 7 heures fournirait deux tiers de l'indemnisation complète. Il faut noter que le montant intégral ne serait versé qu'en cas de retard supérieur à 7 heures. L'APRA considère cette approche comme une "régression dangereuse des droits des passagers déguisée en compromis".
Par ailleurs, la proposition de réforme inclut également une mesure limitant l'indemnisation en cas d'annulation. Actuellement, un passager doit être informé de l'annulation de son vol au moins 14 jours à l'avance pour ne pas être indemnisé. La réforme envisagée réduit ce délai à 48 heures, ce qui pourrait considérablement désavantager les voyageurs en cas de changement de programme de dernière minute.
L'APRA a exprimé ses inquiétudes concernant ces modifications, soulignant qu'elles pourraient affaiblir la protection des droits des passagers. "Il est inacceptable que les compagnies aériennes bénéficient d'un allégement de leurs obligations en matière d'indemnisation, alors que les consommateurs subissent déjà des désagréments en raison de retards ou d'annulations", a déclaré un représentant de l'association.
Les critiques de cette proposition ne se limitent pas aux défenseurs des droits des passagers. De nombreux experts du secteur aérien estiment que la réforme pourrait nuire à la confiance des voyageurs dans le transport aérien. En effet, la perception d'une diminution des droits pourrait dissuader certains passagers de choisir l'avion pour leurs déplacements, ce qui pourrait avoir un impact sur le secteur dans son ensemble.
Il est également important de noter que cette réforme intervient à un moment où le secteur aérien fait face à des défis sans précédent, notamment en raison de la pandémie de COVID-19. La reprise des voyages aériens a été marquée par des retards et des annulations fréquents, exacerbant les frustrations des passagers. Dans ce contexte, la question de l'indemnisation revêt une importance capitale pour garantir la confiance des consommateurs dans les compagnies aériennes.
Alors que la proposition de réforme continue de faire débat, il est essentiel de suivre de près son évolution et ses implications pour les droits des passagers aériens. Les discussions au sein des institutions européennes et auprès des parties prenantes du secteur aérien pourraient déterminer l'avenir de l'indemnisation des voyageurs. En attendant, les passagers doivent rester vigilants et informés de leurs droits en matière d'indemnisation pour retards et annulations de vol, tout en espérant que les décisions prises tiennent compte de leurs intérêts.