80 millions d'euros de plus en un mois: anticipant la hausse de taux à 1,7%, les Français ont renoué avec le Livret A en juillet après l'avoir délaissé pendant des mois

Les Français ont renoué avec le Livret A au mois de juillet, après six mois consécutifs de décollecte. Selon les données publiées par la Caisse des dépôts et co
Les Français ont renoué avec le Livret A au mois de juillet, après six mois consécutifs de décollecte. Selon les données publiées par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), les épargnants ont déposé 80 millions d'euros de plus qu'ils n'en ont retiré, anticipant la hausse du taux de rémunération de ce livret réglementé, porté à 1,7% au 1er août. Ce retour en territoire positif, bien que modeste, marque un tournant dans le comportement d'épargne des ménages français, qui avaient délaissé ce placement pendant une longue période.
### Un sursaut lié à l'anticipation de la hausse des taux
L'annonce, le 15 juillet dernier, du relèvement du taux du Livret A a directement influencé ce regain d'intérêt. La décision de la Banque de France, entérinée par le ministère de l'Économie, a conduit à une revalorisation du taux de 1,5% à 1,7%, une conséquence directe du regain d'inflation observé au premier semestre 2025. Ce mouvement a été perçu comme un signal positif par les épargnants, qui avaient massivement retiré leurs fonds depuis le début de l'année. Le Livret A avait en effet enregistré au premier semestre sa pire performance depuis près de vingt ans, plombé par un taux de rémunération jugé peu attractif. Cette collecte nette de 80 millions d'euros, si elle reste faible en valeur absolue, témoigne d'une inflexion dans la stratégie d'épargne des ménages.
### Une attractivité relative face aux autres placements
Malgré ce retour en grâce, la collecte de juillet reste très en deçà des niveaux observés lors des périodes de taux élevés. Entre 2023 et 2025, lorsque le taux du Livret A avait atteint un plateau de 3% pendant 24 mois, les dépôts étaient nettement plus conséquents. Philippe Crevel, président du Cercle de l'épargne, a qualifié ce mouvement de "léger sursaut", soulignant que "les épargnants n'ont pas considéré que ce relèvement changeait réellement l'attractivité du Livret A". En comparaison, l'Assurance vie continue d'exercer une concurrence significative, offrant des rendements potentiellement supérieurs, notamment via les fonds en euros et les unités de compte. Les ménages semblent donc adopter une approche prudente, privilégiant la diversification de leurs placements plutôt qu'un retour massif vers les livrets réglementés.
### Le LDDS reste en territoire négatif
Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont les caractéristiques sont proches de celles du Livret A, n'a pas bénéficié du même regain d'intérêt. Selon la CDC, les retraits ont excédé les dépôts de 30 millions d'euros en juillet, maintenant ce produit en décollecte. Philippe Crevel a expliqué cette situation par le fait que "les ménages continuent de puiser dans leur épargne de précaution", une tendance qui reflète les incertitudes économiques persistantes. Les Français cumulaient fin juillet 608,4 milliards d'euros sur leurs Livrets A et LDDS, un encours en recul d'un milliard par rapport aux 609,4 milliards enregistrés le mois précédent. Cette baisse globale suggère que, malgré le sursaut du Livret A, l'épargne réglementée dans son ensemble reste sous pression.
### Une tendance à confirmer dans les prochains mois
Ce retour en territoire positif pour le Livret A pourrait-il se confirmer dans les mois à venir ? Les analystes restent prudents, soulignant que la hausse du taux à 1,7% reste modeste et que l'environnement économique demeure incertain. La question de l'inflation, qui avait justifié cette revalorisation, sera déterminante pour l'évolution future du taux. Si les prix venaient à se stabiliser, une nouvelle hausse semble peu probable, ce qui pourrait limiter l'attractivité du Livret A. À l'inverse, une inflation persistante pourrait conduire à une nouvelle réévaluation, renforçant l'intérêt des épargnants pour ce placement sécurisé. Les prochains mois seront donc décisifs pour jauger la pérennité de ce sursaut, qui pourrait n'être qu'un épiphénomène lié à l'anticipation de la hausse de taux.