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80 millions de dollars contre 74 pour le lancement de Falcon 9: il coûte désormais plus cher d'affréter un pétrolier pour un trajet des États-Unis vers la Chine que d'envoyer une fusée dans l'espace

Economie · · Par Julie MOREAU

80 millions de dollars contre 74 pour le lancement de Falcon 9: il coûte désormais plus cher d'affréter un pétrolier pour un trajet des États-Unis vers la Chine que d'envoyer une fusée dans l'espace

## Le fret pétrolier atteint des sommets historiques, au-delà du coût d'un lancement spatial Affréter un pétrolier pour relier les États-Unis à la Chine coûte d

## Le fret pétrolier atteint des sommets historiques, au-delà du coût d'un lancement spatial Affréter un pétrolier pour relier les États-Unis à la Chine coûte désormais 80 millions de dollars, contre 74 millions pour un lancement standard de fusée Falcon 9 de SpaceX. Un renversement de hiérarchie économique révélé par Bloomberg et le courtier maritime Gibson, qui illustre la tension extrême qui traverse le marché du transport maritime de pétrole. ## Un record absolu depuis les années 1960 Selon le courtier SSY, cité par l'agence Bloomberg, les tarifs du fret pétrolier atteignent aujourd'hui leur plus haut niveau historique, même après correction de l'inflation. Il faut remonter à la création des premiers superpétroliers dans les années 1960 pour trouver un point de comparaison, et les niveaux actuels dépassent ceux observés durant la « guerre des pétroliers » des années 1980, lorsque l'Iran et l'Irak, alors en conflit, prenaient pour cible le trafic maritime commercial dans le golfe Persique. Cette flambée se mesure concrètement : une réservation de fret effectuée cette semaine au départ des États-Unis s'est négociée à 41 dollars le baril, alors que la moyenne pour le même trajet s'établissait à 4,50 dollars l'année précédente. Une multiplication par près de neuf en douze mois, qui traduit une rupture brutale plutôt qu'une simple tension conjoncturelle. ## Une pénurie structurelle de navires La cause principale avancée par Bloomberg réside dans une pénurie mondiale de pétroliers, qui s'aggrave à mesure que le volume de pétrole transitant par le détroit d'Ormuz augmente. Ce goulet d'étranglement stratégique, par lequel passe une part majeure des exportations mondiales d'or noir, concentre les besoins en capacité de transport sans que l'offre de navires puisse suivre. « L'offre de navires est tout simplement insuffisante pour répondre à la demande », confirme Russell Hardy, PDG de Vitol Group, le plus grand négociant indépendant de pétrole au monde. Un constat partagé par les courtiers, qui soulignent l'ampleur inhabituelle du phénomène. « Nous avons certes déjà connu des marchés du fret exceptionnels, mais la rapidité, l'ampleur et l'étendue de cette hausse sont remarquables », commente Lauren Gallinari, responsable de la veille stratégique chez le courtier maritime MJLF & Associates. ## Le prix des navires lui-même s'envole La tension ne se limite pas aux tarifs d'affrètement. Le prix des pétroliers eux-mêmes bondit, signe que les armateurs et les investisseurs anticipent une rareté durable de la capacité de transport. Ce mouvement crée un cercle vicieux : la hausse du coût des navires renchérit les barrières à l'entrée pour de nouveaux acteurs, retardant d'autant la reconstitution d'une flotte suffisante pour absorber la demande. Le parallèle avec le lancement d'une Falcon 9 de SpaceX, évalué à 74 millions de dollars, n'est pas qu'anecdotique. Il illustre combien l'économie du transport maritime de pétrole, longtemps considérée comme un maillon banal de la chaîne logistique mondiale, s'est transformée en goulet d'étranglement critique, avec des conséquences directes sur le coût de l'énergie importée. ## Un enjeu de pouvoir d'achat et d'inflation Ces niveaux de fret, s'ils se maintiennent, devraient se répercuter sur les prix à la pompe et, plus largement, sur l'inflation importée des économies dépendantes du pétrole acheminé par voie maritime. La question centrale, pour les prochains mois, sera de savoir si l'offre de navires parvient à rattraper la demande ou si le marché s'installe durablement dans cette nouvelle grille tarifaire. Les courtiers interrogés par Bloomberg ne se prononcent pas sur une détente rapide, laissant planer l'hypothèse d'un « supercycle » du fret pétrolier.