"70 centimes de moins au litre qu'en France, l'affaire est entendue": attirés par des carburants moins taxés, les automobilistes français affluent dans les stations-service d'Andorre pour faire le plein

La principauté pyrénéenne attire un flux croissant d'automobilistes français, séduits par des prix à la pompe nettement inférieurs à ceux pratiqués dans l'Hexag
La principauté pyrénéenne attire un flux croissant d'automobilistes français, séduits par des prix à la pompe nettement inférieurs à ceux pratiqués dans l'Hexagone. Selon BFM Business, les stations-service du Pas de la Case, à proximité immédiate de la frontière, affichaient mardi 1,677 euro le litre de gazole et 1,685 euro le litre de sans plomb 95, contre « largement plus de 2 euros » dans la plupart des stations françaises. Un écart qui atteint jusqu'à 70 centimes par litre, de quoi transformer le plein de carburant en argument touristique.
## Une fiscalité réduite à l'origine de l'écart
Le différentiel de prix s'explique avant tout par la fiscalité. La Principauté applique une taxation nettement plus faible sur les carburants que la France, où les accises et la TVA pèsent lourdement sur le prix final. « Historiquement, la Principauté a toujours fait en sorte de limiter le prix du carburant », souligne Ramon Lladós, ministre andorran des Finances, cité par BFM Business, qui qualifie le carburant de « composante importante de l'inflation ». Cette politique volontariste, maintenue dans la durée, vise à préserver le pouvoir d'achat des résidents comme à entretenir l'attractivité commerciale de la principauté.
## Des économies substantielles pour les automobilistes
L'argument séduit visiblement au-delà des frontières. Dans un paysage de montagnes pelées, à plus de 2.000 mètres d'altitude, les véhicules se succèdent dans l'une des plus grosses stations-service du Pas de la Case, y compris en pleine semaine. Certains automobilistes n'hésitent pas à parcourir plus d'une centaine de kilomètres pour remplir leur réservoir. « 70 centimes de moins qu'en France, l'affaire est entendue », résume Olivier Perramond. Jean-Michel, venu du Tarn, a posé le calcul : « Je vais mettre 40 litres, à 70 centimes d'écart ça fait quasiment 30 euros. »
## Le carburant, un produit d'appel parmi d'autres
Le plein de carburant s'ajoute à d'autres achats avantageux, au premier rang desquels le tabac et l'alcool. Marie Guérin, une Bretonne de 40 ans en vacances dans les Pyrénées-Orientales pour pratiquer des sports extrêmes, explique avoir saisi « l'occasion de venir en Andorre ». « Rien qu'une cartouche, c'est en moyenne 35 euros en Andorre, chez nous c'est 130 euros. Et sur l'essence, nous on est à 2,37 euros en ce moment et là c'est 1,68, donc c'est pas négligeable », détaille-t-elle. Un témoignage qui illustre la logique de cumul : le déplacement transfrontalier n'est rentable que parce qu'il combine plusieurs postes d'économies.
## Un phénomène qui interroge la fiscalité française
Ce flux automobile régulier met en lumière l'écart de compétitivité fiscale entre la France et ses voisins. Pour les stations-service françaises situées près de la frontière, la concurrence andorrane représente une perte de chiffre d'affaires difficile à compenser. À l'inverse, la principauté tire de cette attractivité un bénéfice commercial indéniable, le carburant fonctionnant comme un produit d'appel au sein d'une offre plus large. Le contexte inflationniste, qui pousse les ménages à traquer la moindre économie, accentue encore le phénomène. « Nous sommes obligés de faire attention à tout », confie une cliente citée par BFM Business, résumant l'état d'esprit d'une partie des consommateurs français.
Reste à savoir si cet afflux se maintiendra. Une révision de la fiscalité andorrane ou une détente des prix en France modifierait mécaniquement l'équation. Pour l'heure, la Principauté conserve son avantage, et les files d'attente devant les pompes du Pas de la Case témoignent de l'ampleur d'un arbitrage purement économique.