58% des entreprises ont déjà choisi leur plateforme (qui ne sera finalement pas gratuite): la facturation électronique débute le 1er septembre, malgré l'embarrassant piratage du fisc

La réforme de la facturation électronique entre entreprises entre en vigueur ce mardi 1er septembre, avec une obligation progressive pour les sociétés de recevo
La réforme de la facturation électronique entre entreprises entre en vigueur ce mardi 1er septembre, avec une obligation progressive pour les sociétés de recevoir et d'émettre leurs factures via des plateformes agréées par l'État. Si 58% des entreprises ont déjà fait leur choix, selon le ministre des Comptes publics David Amiel, l'absence de plateforme publique gratuite, initialement promise, suscite des inquiétudes, notamment chez les très petites entreprises (TPE), alors que le piratage du fisc cet été a ajouté à la controverse. Les retardataires ne seront toutefois pas sanctionnés avant 2027, une décision de Bercy visant à laisser un temps d'adaptation.
## Un calendrier progressif mais contraignant
La réforme, qui devait initialement s'appliquer plus tôt, démarre donc le 1er septembre. Les entreprises devront désormais recevoir leurs factures via une plateforme agréée, et les plus grandes devront également les émettre de cette manière. Cette obligation sera étendue aux petites et micro-entreprises un an plus tard, en 2027. Le gouvernement espère ainsi simplifier les échanges commerciaux et lutter contre la fraude à la TVA, estimée entre six et dix milliards d'euros de manque à gagner annuel. L'objectif affiché est de récupérer environ trois milliards d'euros de TVA égarée.
Le choix de la plateforme, parmi une offre de plus de 140 références, est donc devenu une étape cruciale pour les entreprises. Selon David Amiel, 58% d'entre elles ont déjà effectué cette démarche, une "dynamique positive" selon le ministre. Cependant, ce chiffre signifie aussi que 42% des entreprises n'ont pas encore choisi leur prestataire, ce qui laisse présager des difficultés dans les prochains mois.
## Le casse-tête des TPE et le coût des plateformes
Si les PME et les grandes entreprises disposant de comptables en interne n'anticipent pas de grosses difficultés, la situation est bien différente pour les TPE. Jean-Guilhem Darré, délégué général du SDI (syndicat des indépendants et des TPE), indiquait à l'AFP que "énormément de structures ne sont pas encore prêtes", avec "de nombreux appels d'adhérents qui se demandent comment ils vont faire". Le principal point d'achoppement réside dans le coût : les plateformes, généralement facturées quelques dizaines d'euros par mois, ne sont pas gratuites, contrairement à la promesse initiale d'un service public.
"Complexe pour une TPE", résume Jean-Guilhem Darré, qui souligne le paradoxe d'une réforme censée simplifier les démarches. Cette question du coût a également été soulevée par le candidat LFI à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, qui plaidait ce week-end pour "un service public, pas un marché" des plateformes. Isabelle Muller, qui gère le garage de son mari à Mirecourt (Vosges), témoignait vendredi de ses difficultés à s'adapter à cette nouvelle obligation, illustrant les craintes du terrain.
## Un contexte assombri par le piratage du fisc
La mise en place de cette réforme intervient dans un climat particulier, marqué par le piratage du fisc durant l'été. Sans remettre en cause le calendrier, cet incident a ajouté une dose d'embarras pour Bercy, qui a choisi de faire preuve de magnanimité envers les retardataires. Aucune sanction ne sera donc appliquée avant 2027, une décision qui vise à éviter une pression excessive sur les entreprises, mais qui pourrait aussi ralentir l'adoption effective de la réforme.
L'enjeu reste majeur pour l'État, qui attend de cette réforme des gains significatifs en matière de recouvrement de TVA. Mais la réussite du dispositif dépendra de la capacité des plus petites structures à s'équiper, dans un contexte de défiance accru vis-à-vis des outils numériques de l'administration. La promesse d'une simplification, couplée à l'obligation de payer pour un service initialement annoncé gratuit, pourrait bien être le talon d'Achille de cette transition.