54,7% des parlementaires ont rejeté sa nomination (il en fallait 60%): le Parlement valide l'arrivée d'Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France

Banque de France : Emmanuel Moulin validé malgré une majorité de voix contre Le Parlement a donné son feu vert, ce mercredi 20 mai, à la nomination d’Emmanuel M
Banque de France : Emmanuel Moulin validé malgré une majorité de voix contre
Le Parlement a donné son feu vert, ce mercredi 20 mai, à la nomination d’Emmanuel Moulin comme nouveau gouverneur de la Banque de France. Un scénario inédit : 54,7 % des députés et sénateurs ont voté contre sa candidature, mais le seuil requis pour un rejet – les trois cinquièmes des suffrages, soit 60 % – n’a pas été atteint. Le haut fonctionnaire de 57 ans succédera donc à François Villeroy de Galhau, en poste depuis septembre 2015.
Un vote serré, arbitré par Les Républicains
Auditionné dans la matinée par les commissions des Finances du Sénat puis de l’Assemblée nationale, Emmanuel Moulin a dû convaincre au-delà de son camp. Les socialistes avaient annoncé, dès la veille, leur intention de voter contre. Le résultat final, révélé en fin de journée, montre que 54,7 % des parlementaires présents ont exprimé un avis défavorable. Un score élevé, mais insuffisant pour bloquer la nomination.
Le vote des élus Les Républicains (LR) s’est avéré décisif. Selon les informations recueillies auprès des services de l’Assemblée, une majorité de députés et sénateurs LR ont choisi de ne pas s’opposer à la nomination, permettant ainsi de ne pas franchir la barre des 60 %. Sans ce basculement, le rejet aurait été acté.
Un parcours politique qui interroge
Le profil d’Emmanuel Moulin a suscité des réserves, tant à gauche que dans une partie de la majorité. Ancien secrétaire général de l’Élysée (avril 2025), il a été auparavant directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon (2024) et a occupé des postes clés sous les ministres de l’Économie Bruno Le Maire et, plus tôt, sous Nicolas Sarkozy. Une trajectoire jugée trop politique pour certains parlementaires, soucieux de l’indépendance de l’institution monétaire.
« La diversité de mon parcours et la variété des missions que j’ai remplies me dote d’une expérience précieuse pour exercer les fonctions de gouverneur de la Banque de France », a-t-il défendu devant les sénateurs. « Compétent et déterminé, je n’en suis pas moins ouvert et attentif aux avis divergents. J’entends les interrogations qui peuvent naître », a-t-il ajouté, tentant de rassurer sur sa capacité à garantir l’indépendance de la banque centrale.
Un contraste avec 2015
Le précédent gouverneur, François Villeroy de Galhau, avait bénéficié d’un accueil bien plus favorable lors de sa nomination en septembre 2015. À l’époque, l’avis des parlementaires avait été massivement positif : 34 voix pour et 8 contre à l’Assemblée nationale, 25 voix pour et 5 contre au Sénat. Un écart qui illustre la défiance accrue du Parlement à l’égard des nominations issues de l’exécutif, dans un contexte politique tendu.
Prochaines étapes
Emmanuel Moulin devrait prendre ses fonctions dans les prochains jours. Sa priorité, selon des sources proches du dossier, sera de maintenir la stabilité monétaire et de préparer la Banque de France aux évolutions réglementaires européennes. Le nouveau gouverneur hérite également d’une institution confrontée à des enjeux de digitalisation et de transition climatique.
Le vote de ce mercredi, bien que validant sa nomination, laisse entrevoir une relation sous tension entre le nouveau gouverneur et une partie du Parlement. Les prochains mois diront si cette défiance initiale se dissipera à l’épreuve des faits.