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"30% de chiffre d'affaires parti en fumée": malgré un gazole détaxé à 1,21 euro le litre, les pêcheurs souffrent de la crise des carburants

Economie · · Par Julie MOREAU

## Crise du carburant : les pêcheurs pris au piège malgré un gazole détaxé à 1,21 euro La flambée des prix du carburant continue de fragiliser le secteur de la

## Crise du carburant : les pêcheurs pris au piège malgré un gazole détaxé à 1,21 euro La flambée des prix du carburant continue de fragiliser le secteur de la pêche, et ce malgré un dispositif de détaxation qui maintient le gazole professionnel à 1,21 euro le litre. Selon les informations rapportées par BFM Business, les armements français font face à une équation économique intenable : des charges qui explosent, des prix de vente figés et des quotas qui interdisent toute compensation par le volume. Une situation qui pousse certains professionnels à évoquer une véritable impasse. ## Un prix du gazole qui a doublé en un an Le gazole détaxé, reconnaissable à sa teinte bleue et réservé aux professionnels de la mer, affiche aujourd'hui un tarif de 1,21 euro le litre. Un niveau qui pourrait sembler avantageux comparé aux prix affichés à la pompe pour les particuliers, mais qui masque une réalité bien plus sombre. Ce carburant a vu son prix doubler depuis le début de l'année, une hausse que les armements peinent à absorber. L'exemple de l'Armement de la pêche artisanale de Keroman, basé à Lorient, illustre l'ampleur du phénomène. Ses cinq chalutiers polyvalents, mesurant entre 20 et 24 mètres, consomment en moyenne 1.400 litres de carburant par jour. Une consommation colossale qui transforme chaque sortie en mer en opération financière à haut risque. ## Des leviers d'action inexistants Interrogé par BFM Business, Jérôme Nicol, directeur opérationnel de cet armement breton, décrit une situation de blocage total. "On est complètement coincés", confie-t-il. Le prix du poisson est fixé à la criée, ce qui empêche toute répercussion de la hausse des charges sur les prix de vente. Et les quotas de pêche interdisent d'augmenter les volumes pour diluer les coûts fixes. "On est prisonniers, on n'a aucun levier", résume le responsable. Cette absence de marge de manœuvre place les professionnels dans une position intenable, où la survie économique dépend de paramètres sur lesquels ils n'ont aucune prise : les cours du poisson, fixés par le marché, et les quotas, déterminés par Bruxelles. ## Les équipages directement touchés La crise ne s'arrête pas aux armements. Les marins, dont la rémunération est calculée en fonction des revenus générés par la pêche, subissent de plein fouet cette situation. Jérôme Nicol estime l'impact sur les salaires entre 200 et 600 euros par mois. Une amputation significative pour des professionnels dont les revenus sont déjà soumis aux aléas de la mer et des saisons. Les navires les plus imposants, pratiquant le chalutage en eaux profondes, sont encore plus vulnérables. Leur consommation peut atteindre jusqu'à treize fois celle d'une embarcation classique. Si cette pratique génère d'importants volumes de poissons débarqués, elle demeure extrêmement énergivore, ce qui rend ces navires particulièrement exposés aux fluctuations du prix du carburant. ## Une profession en quête de solutions durables Au-delà de la conjoncture actuelle, cette crise met en lumière la vulnérabilité structurelle d'un secteur déjà confronté à de nombreux défis : raréfaction de la ressource, concurrence internationale, vieillissement des flottes. La question de la transition énergétique de la pêche se pose avec une acuité nouvelle. Entre dépendance aux énergies fossiles et impératifs environnementaux, les professionnels cherchent des pistes : motorisations alternatives, optimisation des trajets, mutualisation des moyens. Mais ces solutions demandent des investissements que les armements, déjà fragilisés, peinent à mobiliser. Sans accompagnement public renforcé, certains pourraient disparaître, emportant avec eux un savoir-faire et des emplois dans des territoires où la pêche structure l'économie locale.