28°C sur un chantier, 30°C au bureau? Pourquoi est-il si difficile d'établir une température au-delà de laquelle il faut s'arrêter de travailler?

# 28°C sur un chantier, 30°C au bureau : pourquoi la simple température ne suffit pas à décider de l'arrêt du travail Face aux vagues de chaleur qui frappent la
# 28°C sur un chantier, 30°C au bureau : pourquoi la simple température ne suffit pas à décider de l'arrêt du travail
Face aux vagues de chaleur qui frappent la France avec une intensité croissante, la question d'un seuil thermique maximal au travail revient chaque été sur le devant de la scène. Pourtant, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP et relayés par BFM Business, la seule température du thermomètre ne constitue pas un indicateur fiable pour évaluer les risques sanitaires encourus par les salariés. L'humidité, l'effort physique et l'environnement de travail doivent être combinés pour fixer des seuils d'alerte réellement efficaces.
## Un faisceau de facteurs bien plus complexes que la simple chaleur
"On nous demande très souvent à partir de quelle température il est dangereux de travailler, mais le critère température n'est pas suffisant", insiste Jennifer Shettle, responsable du pôle juridique de l'INRS, l'organisme de référence sur la santé et la sécurité au travail. L'évaluation des risques constitue une équation complexe qui doit intégrer de multiples paramètres : le taux d'humidité dans l'air, la circulation de l'air ambiant, le rayonnement solaire direct ou indirect, mais aussi la charge physique du travail effectué, la tenue vestimentaire du salarié, son état de santé général, son niveau d'acclimatation à la chaleur, et même les éventuels médicaments qu'il prend.
L'humidité constitue un facteur clé dans cette équation. Un fort taux d'humidité dans l'air réduit en effet l'évaporation de la transpiration, mécanisme essentiel de refroidissement du corps humain. "Parfois, à 26°C ce sera nécessaire d'arrêter le travail", souligne Jennifer Shettle, illustrant ainsi l'importance de ne pas se fier uniquement au mercure.
## Des seuils repères mais pas de règle absolue
Si l'INRS juge que les valeurs de 30°C pour une activité sédentaire et de 28°C pour un travail physique peuvent servir de repère pour lancer des actions de prévention, ces seuils ne constituent en aucun cas une obligation légale d'arrêter le travail. Mme Shettle précise que les seuils d'alerte de Météo France, sur lesquels un décret de 2025 se fonde pour déclencher des obligations pour les employeurs, sont jugés plus pertinents car ils prennent également en compte la vulnérabilité des territoires et des populations.
Cette approche territorialisée permet d'adapter les mesures de protection aux réalités locales. Un chantier exposé en plein soleil dans le sud de la France ne présente pas les mêmes risques qu'un bureau climatisé en région parisienne, même si le thermomètre affiche la même température. Les employeurs doivent donc évaluer au cas par cas les conditions de travail, en combinant plusieurs indicateurs plutôt que de se référer à un seul seuil thermique.
## Des obligations juridiques qui restent floues
Le décret de 2025, mentionné par les experts, a certes renforcé les obligations des employeurs en matière de prévention des risques liés aux fortes chaleurs, mais il ne fixe pas de température précise au-delà de laquelle le travail doit cesser. Cette absence de seuil clair crée une zone grise juridique, source d'incertitude pour les salariés comme pour les employeurs. Ces derniers doivent mettre en œuvre des mesures proportionnées : mise à disposition d'eau fraîche, aménagement des horaires, pauses supplémentaires, ou encore adaptation des locaux.
La difficulté à établir une température unique d'arrêt du travail reflète la complexité des mécanismes physiologiques en jeu. Alors que les épisodes caniculaires devraient se multiplier avec le changement climatique, la question de la protection des travailleurs face à la chaleur reste un chantier ouvert, où la prévention au cas par cas semble plus pertinente qu'une règle universelle. Les partenaires sociaux et les pouvoirs publics sont appelés à poursuivre la réflexion pour affiner ces dispositifs de protection, sans céder à la tentation d'un seuil unique qui pourrait s'avérer aussi inefficace qu'inadapté.