20% de ses députés doivent avoir vécu la guerre, il a même créé une "ENA russe" pour les vétérans: pourquoi Poutine veut des militaires partout au sommet de l'État

## Une nouvelle élite issue du front À l'approche des élections russes, locales et fédérales, prévues du 18 au 20 septembre, le Kremlin affiche une ambition cla
## Une nouvelle élite issue du front
À l'approche des élections russes, locales et fédérales, prévues du 18 au 20 septembre, le Kremlin affiche une ambition claire : faire entrer les vétérans de la guerre en Ukraine au sommet de l'État. Selon les informations rapportées par BFM Business, l'objectif affiché est qu'un cinquième de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, soit composé d'anciens combattants. Au total, 1.586 candidats ayant combattu en Ukraine figurent sur les listes, dix partis étant en lice dans un contexte de frappes qui s'intensifient des deux côtés du front.
## Une promotion assumée par le pouvoir
Vladimir Poutine ne cache pas sa stratégie. Il présente régulièrement les participants à ce qu'il appelle toujours « l'opération militaire spéciale » comme la « nouvelle élite » russe, une « véritable élite qui a prouvé sa loyauté envers la Russie par ses actes », déclarait-il dès 2024. Cette rhétorique se traduit dans les faits : quelque 1.300 vétérans de la guerre en Ukraine ont déjà été intégrés aux structures du pouvoir russe, selon le média indépendant Meduza. La présidente de la Commission électorale russe, un organe proche du pouvoir, qualifie ces candidats de « plus que dignes », y voyant les témoins du « renouvellement du corps législatif ».
## Une « ENA russe » pour former les combattants
Au-delà des candidatures, le dispositif s'institutionnalise. Le Kremlin a mis en place un programme de formation destiné aux vétérans, surnommé la « ENA russe » en référence à l'École nationale d'administration française, afin de préparer ces anciens combattants aux fonctions administratives et politiques. Cette initiative vise à convertir l'expérience du front en compétence de gouvernance. La photo de groupe diffusée par l'agence Sputnik, prise à Moscou le 5 septembre 2026 lors d'une réunion avec les candidats du parti Russie unie, illustre cette porosité entre appareil militaire, médias et pouvoir : on y aperçoit notamment Evgueni Poddubny, directeur général adjoint de VGTRK et correspondant de guerre, ou encore Vladislav Golovin, chef de cabinet de Yunarmiya, le mouvement de jeunesse militarisé.
## Un signal politique autant qu'électoral
Cette militarisation de l'élite russe dépasse le seul enjeu du scrutin. Elle dessine une recomposition du personnel politique, où la loyauté éprouvée sur le champ de bataille devient un critère de promotion. Les Russes éliront également leurs gouverneurs et conseillers municipaux lors de ce cycle électoral, ce qui étend potentiellement cette dynamique à l'ensemble des échelons du pouvoir. Pour le Kremlin, il s'agit aussi d'ancrer durablement le récit de la guerre dans les institutions, en faisant des vétérans les relais d'une ligne politique forgée par le conflit.
## Une trajectoire à confirmer
Si les chiffres avancés par Meduza et les déclarations officielles convergent vers une même tendance, l'issue du scrutin des 18 au 20 septembre dira dans quelle mesure cette promesse de renouvellement se matérialise. Au-delà du résultat, c'est la nature même du recrutement des élites russes qui se trouve transformée : le passage par le front semble devenir, progressivement, un sésame pour accéder aux plus hautes fonctions de l'État.