15 euros pour 1 000 cigarettes vendues : l’ex ministre de la Santé Yannick Neuder veut taxer les fumeurs pour financer la lutte contre les incendies

Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé sous le gouvernement de François Bayrou et actuellement député Les Républicains, s’apprête à déposer une proposition
Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé sous le gouvernement de François Bayrou et actuellement député Les Républicains, s’apprête à déposer une proposition de loi visant à instaurer une taxe de 15 euros pour 1 000 cigarettes vendues. L’objectif affiché : financer un fonds dédié à la lutte contre les incendies, un sujet devenu central après les saisons estivales particulièrement meurtrières. Selon les informations rapportées par Midi Libre, cette initiative entend faire contribuer les industriels du tabac à un effort national de prévention et de gestion des feux de forêt.
### Une proposition de loi au nom évocateur : « Pas de fumée sans feu »
Le texte, dont les grandes lignes ont été dévoilées par le quotidien régional, prévoit la création d’un fonds spécifique, abondé par une contribution prélevée directement sur les volumes de cigarettes écoulés sur le marché français. Concrètement, chaque cartouche de 1 000 unités serait frappée d’une taxe de 15 euros, une somme qui serait versée par les fabricants et importateurs. Pour Yannick Neuder, il s’agit d’un principe de responsabilité : les mégots mal éteints étant responsables d’une part significative des départs de feu, l’industrie du tabac devrait participer financièrement à la réparation des dommages et à la prévention.
Le député LR justifie cette approche par un constat chiffré : les incendies de végétation ont détruit des dizaines de milliers d’hectares ces dernières années, avec des coûts directs et indirects considérables pour les collectivités et l’État. Le produit de cette taxe, estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par an, serait fléché vers des actions concrètes : renforcement des moyens des sapeurs-pompiers, acquisition de matériel spécialisé, campagnes de sensibilisation et création de pare-feu stratégiques.
### Un précédent dans la fiscalité comportementale
Cette proposition s’inscrit dans une longue tradition de taxes dites « comportementales » en France. Le pays avait déjà innové avec la contribution sur les boissons sucrées, ou encore la taxe sur les transactions financières. Pour les défenseurs du texte, la mesure présente un double avantage : elle dissuade, à la marge, la consommation de tabac — déjà en baisse régulière — tout en dégageant des ressources pérennes pour un service public essentiel. Les opposants, eux, pourraient dénoncer une nouvelle hausse déguisée du prix du tabac, alors que la France affiche déjà l’un des niveaux de taxation les plus élevés d’Europe.
Le calendrier parlementaire reste incertain. La proposition de loi devra trouver une fenêtre de discussion à l’Assemblée nationale, où la majorité relative pourrait être sensible à l’argument budgétaire. Le contexte politique, marqué par la recherche d’économies et la pression sur les finances publiques, pourrait jouer en faveur d’un examen rapide du texte, même si le gouvernement n’a pas encore officiellement pris position.
### Un débat qui dépasse la seule question des incendies
Au-delà de son objet premier, cette initiative relance le débat plus large sur la responsabilité des industriels dans les externalités négatives de leurs produits. Le tabac, déjà visé par des actions en justice aux États-Unis et en Europe, devient ici un cas d’école pour financer des politiques publiques de résilience face au changement climatique. Les incendies de forêt, dont l’intensité augmente avec la sécheresse, pourraient ainsi devenir un nouveau champ de bataille pour la fiscalité verte.
Si la mesure aboutissait, elle créerait un précédent juridique et politique majeur. D’autres secteurs, comme celui des carburants ou des pesticides, pourraient à terme être sollicités pour abonder des fonds dédiés à des risques spécifiques. Pour l’heure, Yannick Neuder espère un débat constructif et des arbitrages rapides, alors que la saison des feux approche à grands pas. La balle est désormais dans le camp des groupes parlementaires et du gouvernement, qui devront trancher entre soutien à la prévention et protection du pouvoir d’achat des fumeurs.