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15 à 20 centimes de moins par litre sans rien coûter à l’État? Leclerc, Retailleau ou Roussel veulent suspendre les CEE sur le carburant mais est-ce vraiment la solution miracle?

Economie · · Par Julie MOREAU

15 à 20 centimes de moins par litre sans rien coûter à l’État? Leclerc, Retailleau ou Roussel veulent suspendre les CEE sur le carburant mais est-ce vraiment la solution miracle?

## Carburants : la suspension des CEE, une baisse de 15 à 20 centimes vraiment sans coût pour l'État ? Alors que les prix à la pompe repartent à la hausse dans

## Carburants : la suspension des CEE, une baisse de 15 à 20 centimes vraiment sans coût pour l'État ? Alors que les prix à la pompe repartent à la hausse dans le sillage des tensions au Moyen-Orient, plusieurs responsables politiques et figures du débat public plaident pour la suspension, voire la suppression, des certificats d'économies d'énergie (CEE) afin d'alléger la facture des automobilistes. Selon eux, ce dispositif représenterait entre 15 et 20 centimes par litre. Une promesse séduisante sur le papier, mais dont les ressorts économiques méritent d'être examinés de près. ## Un dispositif ancien et méconnu Instaurés au début des années 2000, les CEE contraignent les fournisseurs d'énergie à financer des actions d'efficacité énergétique, comme la rénovation thermique des logements ou l'isolation. Ces obligations, baptisées "certificats d'économies d'énergie", sont ensuite répercutées, en tout ou partie, sur les prix affichés par les distributeurs de carburants dans leurs stations-service. C'est précisément ce mécanisme que plusieurs responsables politiques souhaitent voir suspendu pour faire baisser les prix à la pompe. Le dispositif, complexe, mêle politique énergétique, fiscalité indirecte et logique de marché. ## Qui porte la proposition ? Candidat à la présidentielle sous les couleurs des Républicains, Bruno Retailleau assure qu'une suppression des CEE pourrait faire baisser les prix "de 15 à 17 centimes" par litre, soit, selon lui, "une économie de 8,50 euros par plein d'essence". Il avait déjà évoqué cette piste au printemps, mais pour les factures d'électricité. De l'autre côté de l'échiquier politique, le candidat communiste Fabien Roussel réclame lui aussi "tout de suite" la suppression des CEE, qu'il chiffre à "15 centimes par litre". La mesure est également défendue par les libéraux David Lisnard et Sarah Knafo, ainsi que par le Rassemblement national. Michel-Édouard Leclerc, président des magasins E.Leclerc, estime pour sa part que "la mesure la plus simple" serait "de suspendre les 20 centimes qui financent les obligations de ceux qui vendent des carburants". ## Une convergence politique inhabituelle Rarement une mesure aura réuni des sensibilités aussi éloignées : la droite républicaine, le Parti communiste, la galaxie libérale et l'extrême droite se retrouvent sur le même terrain. Cette convergence témoigne de la sensibilité politique extrême du prix des carburants, devenu un marqueur social et électoral. Elle illustre aussi la tentation, pour les responsables politiques, de proposer des solutions immédiates et lisibles, à défaut d'être toujours techniquement applicables. ## Un coût nul pour l'État, vraiment ? L'argument avancé par les partisans de la mesure est simple : les CEE ne sont pas financés par le budget de l'État, mais par les fournisseurs d'énergie. Suspendre le dispositif n'entraînerait donc aucune dépense publique. L'équation mérite toutefois d'être nuancée. Les CEE financent des travaux d'efficacité énergétique qui, à terme, réduisent la consommation et les émissions. Leur suppression pourrait donc ralentir la transition énergétique et reporter la charge sur d'autres dispositifs publics, comme MaPrimeRénov'. Par ailleurs, rien ne garantit que les distributeurs répercuteraient intégralement la baisse sur les prix affichés : la concurrence entre stations, la fiscalité et les marges des opérateurs jouent également un rôle déterminant. ## Une solution miracle ou un raccourci ? Si la suspension des CEE peut produire un effet immédiat sur les prix à la pompe, elle ne constitue pas une réponse structurelle à la volatilité des cours du pétrole. Elle pose en outre une question de fond : faut-il financer la sobriété énergétique par un prélèvement indirect sur les carburants, ou par le budget de l'État ? Le débat promet d'animer la campagne, tant il touche au pouvoir d'achat des ménages et à la crédibilité des politiques énergétiques.