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100 kilomètres de petits tuyaux et des capteurs qui mesurent l'humidité, la température et la circulation de la sève: des agriculteurs se convertissent au goutte-à-goutte connecté

Economie · · Par Julie MOREAU

100 kilomètres de petits tuyaux et des capteurs qui mesurent l'humidité, la température et la circulation de la sève: des agriculteurs se convertissent au goutte-à-goutte connecté

Introduction Face à l’intensification des épisodes de sécheresse et à la raréfaction de la ressource hydrique, une nouvelle génération d’agriculteurs opère une

Introduction

Face à l’intensification des épisodes de sécheresse et à la raréfaction de la ressource hydrique, une nouvelle génération d’agriculteurs opère une mue technologique radicale. Sur le plateau de Valensole, en Provence, des vergers d’amandiers sont désormais irrigués par un réseau de 100 kilomètres de micro-tuyaux, connectés à des capteurs mesurant en continu l’humidité du sol, la température ambiante et la circulation de la sève. Ce système, baptisé « goutte-à-goutte connecté », promet une réduction de 30 % de la consommation d’eau et, dans certains cas, un doublement des rendements. Une révolution silencieuse, portée par des pionniers comme Jean-Pierre Jaubert, qui a investi 200 000 euros pour équiper ses 52 hectares.

Un investissement lourd mais rentable

Jean-Pierre Jaubert, agriculteur septuagénaire installé sur le plateau de Valensole, a fait le choix de moderniser son exploitation il y a quatre ans. « L’arbre, c’est un équilibre. Grâce à ces appareils, on le biberonne et lui donne tout juste ce dont il a besoin », explique-t-il, smartphone en main, scrutant les données qui défilent sur l’écran : croissance des arbres, état sanitaire, et surtout hydratation. Le système déployé sur ses 52 hectares représente un linéaire impressionnant de 100 kilomètres de petits tuyaux, pour un coût total de 200 000 euros. Un « pari fou », selon ses propres termes, mais qui s’avère payant face à la vague de chaleur annoncée cette semaine en France. En adaptant l’irrigation en temps réel aux besoins précis de chaque arbre, Jean-Pierre Jaubert économise jusqu’à 30 % d’eau par rapport à un arrosage classique, tout en améliorant la vigueur de ses amandiers, parfois âgés de plusieurs dizaines d’années.

La technologie au service de la précision hydrique

Le principe du goutte-à-goutte connecté repose sur un réseau de capteurs disséminés dans les parcelles. Ceux-ci mesurent l’humidité du sol à différentes profondeurs, la température de l’air et, innovation notable, la circulation de la sève dans les troncs. Ces données, transmises en continu à une application mobile, permettent à l’agriculteur de décider avec une précision chirurgicale quand et quelle quantité d’eau apporter. « Ni trop, ni trop peu », résume Jacques Barreau, agronome à la Société du Canal de Provence (SCP). Ce système évite le stress hydrique, qui freine la croissance, mais aussi l’excès d’eau, qui peut asphyxier les racines ou favoriser les maladies. Dans un contexte de tension croissante sur la ressource en eau — la Provence étant habituée aux étés caniculaires —, cette irrigation de précision apparaît comme une solution d’avenir pour concilier productivité agricole et sobriété hydrique.

Des freins persistants à l’adoption massive

Malgré ses avantages, le goutte-à-goutte connecté ne séduit pas encore tous les agriculteurs. Jacques Barreau identifie plusieurs obstacles : « Des réticences existent encore car beaucoup d’agriculteurs ne veulent pas changer leurs habitudes, ont peur de casser les racines ou encore ne peuvent pas se permettre un tel investissement. Sans compter que certains doivent encore rentabiliser leur matériel d’arrosage existant. » Le coût initial, qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros pour une exploitation de taille moyenne, constitue un frein majeur, surtout pour les petites structures. Par ailleurs, la crainte de fragiliser les racines lors de l’installation des tuyaux, ou de dépendre d’une technologie vulnérable aux pannes, alimente les hésitations. Pourtant, pour les experts de la SCP — société d’économie mixte garantissant l’accès à l’eau des communes, particuliers et agriculteurs —, l’enjeu est clair : face au réchauffement climatique, l’irrigation de précision n’est plus une option, mais une nécessité pour sécuriser les récoltes et préserver la ressource.

Conclusion

Alors que la France s’apprête à connaître une nouvelle vague de chaleur, l’exemple de Jean-Pierre Jaubert illustre une tendance de fond : l’agriculture de précision, portée par le numérique, devient un levier essentiel pour s’adapter au changement climatique. Si le coût d’entrée reste élevé et les habitudes difficiles à changer, les bénéfices en termes d’économie d’eau et de rendements pourraient accélérer la conversion des exploitations. Le goutte-à-goutte connecté, déjà préconisé par les experts, pourrait bien devenir, dans les années à venir, la norme plutôt que l’exception dans les régions les plus arides.