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10.000 tonnes de poisson par an: la préfecture de Gironde donne son feu vert pour la toute première mégaferme à saumons de France, malgré l'opposition des ONG et de la ministre de la Transition écologique

Economie · · Par Julie MOREAU

10.000 tonnes de poisson par an: la préfecture de Gironde donne son feu vert pour la toute première mégaferme à saumons de France, malgré l'opposition des ONG et de la ministre de la Transition écologique

La préfecture de Gironde a officiellement autorisé, mardi, l’implantation de la première mégaferme de saumons en France, portée par la société Pure Salmon au Ve

La préfecture de Gironde a officiellement autorisé, mardi, l’implantation de la première mégaferme de saumons en France, portée par la société Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. Ce projet, d’un montant de 280 millions d’euros, vise une production annuelle de 10.000 tonnes de poissons dans un élevage terrestre en circuit fermé, malgré une opposition marquée des ONG environnementales et des réserves émises au sein même du gouvernement. ## Un feu vert assorti de conditions environnementales strictes L’autorisation délivrée par la préfecture s’accompagne de "prescriptions environnementales particulièrement exigeantes", selon le communiqué officiel. Ces contraintes encadreront aussi bien la phase de travaux que l’exploitation de l’installation. Ce projet, porté par Pure Salmon et financé par un fonds d’investissement singapourien, prévoit la construction d’une usine sur une friche industrialo-portuaire de 14 hectares, située à la pointe du Médoc, au bout de l’estuaire de la Gironde. L’autorisation intervient après un avis favorable du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) rendu début juillet, lui-même précédé d’un avis positif de la commission d’enquête publique en mars. ## Un projet justifié par des enjeux d’intérêt général La préfecture justifie sa décision par plusieurs arguments économiques et territoriaux. Le projet "répond à plusieurs enjeux d’intérêt général", précise le communiqué, citant "la reconversion d’une friche industrialo-portuaire à la pointe du Médoc, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99%". Ces éléments constituent le socle de la justification étatique, qui met en avant la dimension stratégique d’une production locale face à une dépendance quasi totale aux importations. La création d’emplois dans une zone rurale en difficulté économique constitue également un argument de poids pour les autorités locales. ## Une opposition qui ne faiblit pas Malgré ce feu vert, le projet demeure contesté. Les ONG environnementales dénoncent un projet "complètement démesuré", selon les termes rapportés dans le dossier. La ministre de la Transition écologique aurait également exprimé des réserves, illustrant des divergences au sein de l’exécutif sur l’opportunité d’un tel investissement. Les opposants pointent notamment les risques liés à la concentration d’une production massive de poissons en un lieu unique, les questions de bien-être animal, ainsi que l’impact potentiel sur l’écosystème fragile de l’estuaire de la Gironde. Les rejets d’effluents, la consommation d’eau et d’énergie nécessaires au fonctionnement d’un circuit fermé de cette ampleur figurent parmi les principales préoccupations soulevées par les associations. ## Un précédent industriel pour la filière aquacole française Ce projet constitue une première en France par son ampleur. L’élevage de saumons en circuit fermé, également appelé aquaculture en système recirculé (RAS), se développe dans plusieurs pays, mais aucune installation de cette capacité n’avait encore vu le jour sur le territoire national. Pure Salmon, soutenue par un fonds singapourien, entend positionner le site girondin comme un pilier de sa stratégie européenne. La production de 10.000 tonnes par an représenterait une part significative de la consommation française, qui repose actuellement sur les importations à 99%. Les partisans du projet soulignent également la réduction de l’empreinte carbone liée au transport aérien et maritime du poisson, un argument que les opposants jugent insuffisant face aux externalités négatives locales. L’avenir dira si cette autorisation, délivrée dans un cadre strict, parviendra à concilier développement industriel et exigences environnementales, alors que les recours contentieux des associations ne sont pas à exclure.